La seconde fut rarement première
Le moment précis
L'instant vital
Qui s'en souvient déjà ?
Les secondes pétillent dans la main
Chatouillent la trotteuse
Courez après moi
Que je vous attrape
La minute solennelle
Déploie son parchemin
Le papier craque et se fend
Sous un verdict bien rendu
Les minutes s'allongent au soleil
Et tendent leurs lèvres aux passants
Puis elles leur tournent le dos
Prenant la fuite en s'esclaffant
Le quart d'heure est souvent sale
Sale et puis bruyant
Chaque fois qu'il passe
L'horloge lui sonne les cloches
Les quarts d'heure indécis
Sont partagés en quatre
Trop courts pour faire l'empire
Trop longs pour danser la gigue
Les heures de velours se laissent caresser
Et l'on sent sous la main battre leur balancier
Dans les bocages du rêve
Les moutons de la nuit paissent tranquillement.
Les heures blondes s'accroupissent dans l'onde
Et lissent leurs cheveux si fins et soyeux
Les heures brunes glissent dans la brume
La tête penchée pour écouter le vent
Les jours se comptent lorsqu'ils sont trop près
Les jours se précipitent lorsqu'ils sont trop tards
Les jours et les journées se prennent par poignées
Pour être lancés à terre par le semeur d'ordinaire
Restent les grands
Restent les beaux
Restent les sombres
Restent les graves
Qui circulent lentement sur le fil des années
Les siècles rampent
Sur les sols marbrés
De vieux palais effondrés
Dans l'herbe qui les foisonne
Paissent tranquillement
Les moutons de la vie.
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