Chaos 2.2

 
Par une chaude journée d’été, dans une vaste salle médiévale, une silhouette se déplace lentement sous le regard attentif d’une assistance installée sur de simples sièges fonctionnels. Le temps s’étire au gré d’une musique atonale et rythmée, tandis que la main s’affaire du bout d’un pinceau pour jeter des éclats de noir et de rouge sur une grande toile tendue à la verticale. Suivant méthodiquement un plan agencé avec soin (un papier griffonné, froissé en mouchoir à force s’être consulté), l’artiste peint un chemin fait de ronds et déliés. Peu à peu se déroulent les volutes d’un énigmatique tableau, calligraphie de signes suivie par un public qui en ignore la finalité.
Un peu plus tard, la grande toile est déposée par terre et, carrés après carrés, l’artiste photographie chacun d’entre eux en suivant toujours son plan mystérieux. Il suffit encore de quelques manipulations pour que les photographies de ces 49 carrés soient successivement projetées au public sur un écran à la cadence de 24 images par seconde, soit deux secondes d’une tranche de peinture mouvante et animée qui dévoile alors aux spectateurs le sens caché de la grande toile.

Deux heures pour peindre CHAOS 2003 puis réaliser deux secondes de film. C’est l’une des façons qu’a Solweig von Kleist de bousculer notre espace et notre temps, de confronter le pérenne et l’éphémère. Il en est de même pour «Marathon Man», sculptures d’homme en fil de fer cherchant l’improbable mouvement de la course, suspendues dans des cages de verre ou prisonnières de la résine, de «Man in the Box» se débattant comme un papillon contre ses limites invisibles, ou encore d’«Alpiniste», succession de tableaux éclatant l’impossible ascension d’une paroi infinie en une mosaïque de marionnettes pitoyables.

Toutes ces œuvres furent présentées à Annecy en juin 2003 à l’occasion de l’exposition «Artistes en mouvement» organisée par le Musée-Château d’Annecy durant le Festival International du Film d’Animation. C’est à cette occasion que Daniel Bouillot rencontra Solweig von Kleist et que l’idée de CHAOS 2.2 lui vint : en partant de la toile tout juste peinte, proposer au travers d’une réalisation multimédia originale, un parcours interactif dans un univers inspiré par cette création et construit à partir des œuvres et documents de l’artiste qui en sont proches.

Tout en respectant la démarche initiale de l’artiste, en accord avec elle et avec sa collaboration, Daniel Bouillot apporte avec CHAOS 2.2 une nouvelle dimension par l’interprétation qu’il en fait à l’aide du multimédia. Au gré de l’interacteur, chaque carré numérisé de la toile s’ouvre ainsi sur une séquence explorant une ramification de l’univers associé à la grande toile : dessins, sculptures et photographies viennent participer à la compréhension du travail de l’artiste et de ce nouveau regard posé dessus.

Réalisation interactive multimédia autonome - fiche descriptive (format pdf) - contact installation

Accès au tableau interactif
(16 carrés consultables sur 49 - nécessite le plug-in Flash)


© Daniel Bouillot 2003-2005 - photos Thierry Verrier - Daniel Bouillot