Feux de pierres

Annecy

 
 

 

le nostalgique (fiction - extrait)

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L'Impérial Palace, une longue histoire. Gamin, il était souvent venu jouer dans son parc à l'ombre de l'imposante masse. A l'époque, celle-ci était grise, veinée de rouille et de noir de fumée. Le bâtiment avait brûlé depuis bien longtemps, puis était resté désaffecté. Toutes les ouvertures des deux premiers niveaux avaient été murées et les grandes terrasses ceinturées de grillages étaient restées jonchées de morceaux de bois et de verre brisé. Puis, un jour, le grillage avait été remplacé par des palissades toutes neuves : on allait refaire l'Impérial. Pour lui cet événement avait pris la forme d'un bouleversement planétaire. La vieille carcasse de l'Impérial faisait partie des fondations de sa vie, de l'ossature de son enfance, tout comme son père, sa mère, les montagnes, le lac. Il n'avait jamais imaginé qu'il put en être autrement, et c'était bien naturel : qui donc aurait eu l'idée de repeindre les montagnes, de changer l'eau du lac ? Cette mutation annoncée du vieux géant de pierre avait été saluée comme il se devait par la Nature : ces journées de printemps, plus chaudes et humides qu'il ne fallait, avaient fait monter les eaux du lac jusqu'à affleurer les palissades. Le parc était sous l'eau, les grands arbres étaient devenus les mâts d'immenses bateaux échoués et les bancs des radeaux, canots de survie, esquifs ou autres embarcations au gré de ses jeux soudain renouvelés par l'occasion.

Puis le lac s'était bien vite retiré - il n'est pas de ceux qui s'installent. Derrière les palissades, les bruits s'étaient alors fait plus nombreux, et, quelques mois plus tard, le mastodonte était devenu tout blanc sous le noir brillant de ses toits d'ardoise arrondis. Le parc aux arbres centenaires s'était lui-même vu refaire une beauté : des massifs impeccables, des allées de gravier toutes neuves, des bancs fraîchement repeints. La transformation de son terrain de jeu sauvage en vue de carte postale ne l'avait cependant pas déçu. Il avait déjà passé l'âge de jouer à l'explorateur, ou du moins sont intérêt s'était porté sur d'autres territoires. Qui donc le lui aurait reproché ? Le parc était bientôt devenu un nouveau terrain d'aventures. Quel autre meilleur endroit pour se serrer contre sa belle tandis que les mains s'effusionnent maladroitement et que les regards dérivent vers ce lointain montagneux sur lequel il se tient aujourd'hui campé. Bien loin, tout cela.

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© Daniel Bouillot - 2006