Le
vacancier (fiction - extrait)

Pour les pêcheurs, les vieux insulaires, le clocher blanc et noir
de l'église est le centre de l'univers, du leur. Son toit effilé
domine la petite ville aux maisons blanches et basses, aux ruelles brisées
biffées de roses trémières, et, tout autour, les
marais salants et même la digue qui tente de cacher à l'océan
que cette terre est à sa portée. Le clocher d'Ars-en-Ré
montre le plat du monde liquide, et lorsque l'on tourne autour de lui
tout en suivant le mouvement de l'île, il prend une mine bien taillée
dessinant dans le ciel des fioritures invisibles que le vent de l'océan
balaie bien vite.
Gaston Ropode affectionne particulièrement cette île, surtout
pendant l'été. Dans la force de l'âge, il est plutôt
bien fait de sa personne, quoiqu'un petit peu enveloppé. C'est
sûr, il aime tous les plaisirs de la bonne vie, sauf tout de même
qu'il n'est pas coureur, non, pas vraiment. Chaque été,
il s'installe au camping du Phare des Baleines. Pour s'y rendre, Gaston
met beaucoup de temps : il n'est pas de ceux qui se déplacent sans
rien emporter. De plus, la route est longue et dangereuse, et ce n'est
pas son domaine d'excellence. Il doit non seulement se garder des camions
qui le considèrent vraiment de très haut, mais aussi de
toutes sortes d'automobilistes qui sillonnent le pays : paumés,
promenards, excités, agressifs, endormis, éméchés,
inconscients, tonitruants et tant d'autres encore. Sans compter qu'il
lui faut veiller aux cyclistes et aux piétons qui pullulent un
peu partout. Mais tous ces petits soucis s'estompent et disparaissent
dès qu'il est arrivé à bon port.
.../...
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