Feux de pierres

Ars-en-Ré

 

Le vacancier (fiction - extrait)

Pour les pêcheurs, les vieux insulaires, le clocher blanc et noir de l'église est le centre de l'univers, du leur. Son toit effilé domine la petite ville aux maisons blanches et basses, aux ruelles brisées biffées de roses trémières, et, tout autour, les marais salants et même la digue qui tente de cacher à l'océan que cette terre est à sa portée. Le clocher d'Ars-en-Ré montre le plat du monde liquide, et lorsque l'on tourne autour de lui tout en suivant le mouvement de l'île, il prend une mine bien taillée dessinant dans le ciel des fioritures invisibles que le vent de l'océan balaie bien vite.

Gaston Ropode affectionne particulièrement cette île, surtout pendant l'été. Dans la force de l'âge, il est plutôt bien fait de sa personne, quoiqu'un petit peu enveloppé. C'est sûr, il aime tous les plaisirs de la bonne vie, sauf tout de même qu'il n'est pas coureur, non, pas vraiment. Chaque été, il s'installe au camping du Phare des Baleines. Pour s'y rendre, Gaston met beaucoup de temps : il n'est pas de ceux qui se déplacent sans rien emporter. De plus, la route est longue et dangereuse, et ce n'est pas son domaine d'excellence. Il doit non seulement se garder des camions qui le considèrent vraiment de très haut, mais aussi de toutes sortes d'automobilistes qui sillonnent le pays : paumés, promenards, excités, agressifs, endormis, éméchés, inconscients, tonitruants et tant d'autres encore. Sans compter qu'il lui faut veiller aux cyclistes et aux piétons qui pullulent un peu partout. Mais tous ces petits soucis s'estompent et disparaissent dès qu'il est arrivé à bon port.

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© Daniel Bouillot - 2006