Bogor
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.../... Une heure trente plus tard, le train s’arrête en gare de Bogor. Nous enjambons les rails de la voie jumelle pour nous rendre vers la sortie qui débouche sur le marché. Sa traversée s’effectue sous les désormais habituelles sollicitations en tous genres. L’une d’elles finit enfin par trouver un écho favorable lorsque je parviens à retenir Laura par le bras pour qu’elle m’offre une bouteille d’eau. Quel délice ! Je n’ai jamais bu un tel nectar, jamais bu aussi vite une telle quantité de liquide ! Nous atteignons une large rue engorgée de nombreux mini-bus verts ou bleus appelés, me dit Laura, « becak » et chargés d’assurer les liaisons régulières dans la cité et ses alentours. Une nouveauté dans ce nouveau fleuve à roues : de véritables cyclos-pousse, rouges pour la plupart. « Angkot » lâche Laura tout en m’entraînant vers une rue perpendiculaire bien moins fréquentée. Une trentaine de mètres plus loin, nous dévalons un sentier qui rejoint un cours d’eau en contrebas. Nous longeons celui-ci en empruntant une allée de terre battue très fréquentée : vieillards, enfants en uniforme, jeunes femmes chargées de victuailles nous dépassent ou nous croisent. Je n’avance pas très vite, impressionné par la voûte végétale qui nous surmonte. Un peu plus loin, nous empruntons une passerelle qui traverse la rivière au niveau d’une retenue d’eau. Nous nous enfonçons ensuite dans un dédale de ruelles montantes puis descendantes dans lesquelles il est souvent difficile de se croiser à deux. Je suis à nouveau complètement en nage et le souffle commence à me manquer. Chaque bouffée d’air est pour moi un choc. Une agression d’odeurs auxquelles je ne suis pas préparé, depuis la plus parfumée (à rester figé, les narines frémissantes), douceâtre comme celle de certaines fleurs capiteuses ou de fruits gorgés de soleil, à la plus inconvenante (à fuir à toutes jambes), mixture de détritus fermentés, d’urine, de moisissures et d’autres ingrédients que je ne préfère pas imaginer. Chaque rencontre est un regard qui dévisage. Un sourire ensuite. Souvent quelques mots. En indonésien. Anglais quelquefois. Laura répond toujours courtoisement. Nous descendons une volée de marches. Atteignons un autre bras boueux du cours d’eau. Un groupe de femmes lave du linge sur des rochers à fleur d’eau. Quelques volatiles les observent. Plus loin un bac attend. Si l’on peut appeler « bac » ce rectangle de tonneaux vides recouvert d’un plancher grossier et surmonté d’un petit auvent. Il est sur l’autre berge, ce qui me donne l’occasion de souffler un peu. Un jeune homme semblant prendre très au sérieux sa fonction manœuvre le bac en tirant sur un câble tendu entre les deux rives. A peine une dizaine de mètres à franchir, mais quelle solennité. - Ce raccourci fait gagner une heure aux habitants de
l’autre rive pour aller au marché ou à la gare, m’explique
Laura. Mon propre humour ne me fait même pas sourire : tout juste haleter un peu plus tandis que nous escaladons maintenant l’autre versant. J’ai peine à imaginer ce que l’on peut bien faire qui justifie un trajet quotidien vers Jakarta dans de telles conditions. - Nous sommes bientôt arrivés, m’annonce Laura. Au sommet de la dernière volée de marches faites de briques instables, nous débouchons sur un quartier nettement plus résidentiel : maisons individuelles cernées de jardinets, desservies par des rues goudronnées dignes d’un lotissement de nos contrées. Et surtout : presque plus personne autour de nous. Nous parcourons deux ou trois de ces rues, continuant de nous éloigner du centre, pour atteindre les murs d’une propriété plus importante. - Et voilà. Laura allonge le pas jusqu’à un portail situé une cinquantaine de mètres plus loin. Je la laisse faire : la jument sentant l’écurie… Elle s’approche d’un des montants de pierre du haut portail métallique et échange quelques mots au travers d’un interphone encastré dedans. Un déclic métallique met fin à la conversation. Elle pousse ensuite le portail et le tient ouvert devant moi pour que je puisse le franchir : - Nous voici à pied d’œuvre, Alain.
Souhaite-nous bon courage… .../...
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© Daniel Bouillot - 2006