Feux de pierres

Calvi

 

 

la vieille (fiction - extrait)

 

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Ses cheveux, pourtant serrés en chignon, se gonflent sous une risée. Elle maugrée une fois de plus contre cette peste, ce Libeccio qui n'en fait qu'à sa guise sur cette île. "Allez, vas-y, emporte tout !", lui crache-t-elle d'un air mauvais, "c'est bien tout ce que tu sais faire...". Et ce satané Mistral... Son bref passage sur la mer avant de venir l'atteindre, ne lui a rien enlevé des effluves qu'il a grappillées ça et là dans ce lointain de vallée du Rhône. Des senteurs de vergers, certes, mais aussi de fumées, de poussières, et puis aussi des odeurs de ville. De la grande métropole honnie, de Marseille la fétide où se terre son fils. Voilà tout ce qui lui reste : un couard qui s'est exilé sur le continent.

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le scholiaste

La mer bat. En bas. On pourrait entendre le son des vagues. Il suffit de fixer le bleu intense. Mais alors le regard s'arrête forcément sur le blanc. Pas celui des flots, mais celui du chignon. Tout un monde dessous. Arrêté. En attente sur le banc. Et le bleu reste inflexible. Le chignon aussi. Chacun cherche sa fin. Et les battements de poursuivre. Pendant que l'ombre monte. Sur le sol rocailleux qui pourrait se défendre, le sombre gagne. Et les vagues. Une ombre de maison, celle de la vieille ? Elle n'en a cure : devant elle le bleu sombre dans lequel son regard s'évague. Quelques feuillages à gauche tentent de faire diversion : les montagnes au loin n'y croient guère. Elle non plus.

 


 

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© Daniel Bouillot - 2006