Florence
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.../... L'allée tortueuse monte rapidement au-dessus de la ville. Au travers de la végétation, il aperçoit parfois la mer des toits de tuiles dominés par les structures de quelques monuments plus imposants. Ils débouchent sur une plate-forme bordée d'une balustrade de marbre sculpté, au sommet d'un escalier monumental descendant droit vers le palais. Les lieux sont déserts : les visiteurs qui s'agitent en bas ont dû juger le soleil trop ardent pour entreprendre une telle ascension. Le couple s'accoude un moment pour apprécier le panorama. Toute la ville est sous leurs yeux, dominée au loin par la gigantesque coupole du Duomo, un sein de pierre et de tuiles rouges dressé sensuellement vers le ciel. La femme observe longuement les silhouettes lointaines qui déambulent sur l'esplanade au pied du palais, puis elle se redresse, suivie par son compagnon qui lui reprend la main. Ils se dirigent sur l'arrière vers une longue muraille ocrée au centre de laquelle s'ouvre un haut portail de fer forgé, et débouchent sur une longue terrasse rectangulaire. A leur gauche, l'un des petits côtés du rectangle est fermé par une enfilade de portes vitrées surmontée d'une corniche majestueuse ornée de nombreuses sculptures en pied. En face d'eux, seul un petit muret les sépare de la campagne toscane. Les deux autres murs isolent les lieux du panorama citadin qu'ils viennent de quitter. Elle choisit un banc de pierre face au soleil, tout près du portail, et s'y installe. Elle retire ses sandales, croise les jambes sous elle, appuie son dos contre le mur de crépis ocre et ouvre large son visage aux étreintes du soleil. Il s'assied à côté d'elle, un peu raide, un peu déplacé, ne sachant trop quelle position adopter. Il finit par prendre celle du penseur de Rodin, non par référence artistique, mais plutôt parce qu'elle correspond le mieux aux dispositions dans lesquelles il se trouve. .../...
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Il suffit qu'une quelconque conversation dérive sur des vacances en Italie et cela ne manque pas : on en arrive à parler de Florence. Et les « Ah, quelle ville magnifique ! » se mettent à fuser de toutes parts. Je n’ai guère, dans ce cas, que d’autres choix que de me taire ou de m’éclipser discrètement. Car je n’aime pas cette ville. Il m’arrive de temps à autre, mais seulement si je veux me mettre particulièrement mal avec mes voisins de conversation, de l’affirmer haut et fort. Le silence tombe alors, les regards incrédules convergent vers mes lèvres tout juste closes, et il advient même parfois qu’un fatidique « mais pourquoi ? » soit lâché dans ce néant. Doublement piégé par ma remarque déplacée et son écho interdit, je m’enlise alors peu à peu dans des explications laborieuses, tentant vainement - car je le sens bien que c’est vain - de convaincre mon auditoire que cette ville n’est plus qu’un musée sans âme, une galerie pour touristes planétaires. Devant mes paroles qui petit à petit montent
le ton afin de forcer la conviction, je sens le cercle s’éloigner
lentement de moi, m’abandonnant peu à peu au Duomo, au
Ponte Vecchio, à la Galeria delli uffizi, au Palazzo Pitti, à
la Chiesa di San Lorenzo, au… Et je me retrouve planté
là seul avec ma hargne, et ce désir furieux de partir
tout droit là-bas pour me convaincre une nouvelle fois que non,
décidément, je n’aime pas Florence. |
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© Daniel Bouillot - 2006