Londres
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La ville est immense, tentaculaire. Pas une rue qui ne déborde d'activité. Trafic intense, sonore, quelquefois bruyant. Les autobus bondés dominent de leur masse colorée. Rouge, souvent rouge vif, tout comme s'ils venaient d'être repeints. Ils échangent à chaque arrêt un flot de passagers fripés contre d'autres impatients. Avant de les fréquenter, j'avais imaginé que ces bâtiments à roues défiaient les lois de la pesanteur lorsqu'ils étaient lourds de monde à leur étage, s'inclinant dans chaque virage un peu serré comme un grand voilier lors d'une régate royale sur la Manche. Mais non, le conducteur n'a point besoin de demander à ses passagers de se mettre au rappel. Toute la cité n'est qu'un vaste embouteillage permanent où chacun, de la Rolls à la voiturette de livraison, se déplace centimètre par centimètre, pare-chocs contre pare-chocs, minute après minute, sous l'œil impassible de quelques policemen plantés là pour le décor. Le long de ce fleuve de métal peint, tu marches
d'un pas vif qui ne supporte pas l'indécis. Ta démarche
est droite, directe, sans presque aucun écart. Tu es de celles
qui fendent la foule sans effort, du seul tranchant de ton regard. Parfois,
de brefs mouvements latéraux de la tête dénoncent
cependant ton intérêt fugitif pour un détail qui
borde ta course. Mais cela, visiblement, ne suffit pas à infléchir
ta démarche. Je te suis depuis sûrement longtemps. Tu m'as
fait perdre la notion du temps. Il ne reste plus de moi que ce regard
rivé à ta démarche qui déverse un torrent
d'images provocantes dans mon esprit égaré. |
© Daniel Bouillot - 2006