Le
visiteur (fiction - extrait)

.../...
-Viens avec moi dire adieu à la plage... souffle
Cristina dans un murmure.
Elle retire ses chaussures et s'avance sur le sable. Je préfère
conserver les miennes. Et puis comme cela, nous emporterons un petit peu
de sa plage à Paris. Quand j'y pense, le bateau, puis sûrement
le train... Il va vraiment nous falloir une vie pour retourner là-bas...
Qu'importe, et puis même tant mieux ! Cristina est avec moi maintenant.
Nous atteignons le sommet de la légère butte. Un vent léger
fait frissonner la végétation folâtre. Devant nous,
la mer déploie son liseré de vaguelettes impassibles. Point
de bateaux à l'horizon, sinon les imposantes masses métalliques
plantées à l'aplomb des grues décharnées du
port, à l'autre bout de la baie. Plus près, au bout de la
plage, je distingue des silhouettes cavalières qui longent la rive
:
- Oh ! Regarde...
Ils sont quatre ou cinq qui se détachent dans un superbe contre-jour.
Les chevaux dociles font jaillir des éclaboussures d'écume
à chacun de leur pas. Jamais je ne me serais attendu à voir
un tel spectacle ici. Les cavaliers semblent monter à cru. Ils
se suivent tranquillement, l'un derrière l'autre. Les chevaux oscillent
lentement de la tête, tout comme s'ils rythmaient le brisant des
vaguelettes qui viennent mourir sous leurs sabots. Pour un peu, s'il n'y
avait ces cavaliers droits et tranquilles juchés dessus, je pourrais
imaginer qu'il s'agit d'une horde de chevaux sauvages qui progressent
tranquillement sur une plage de Camargue à la recherche d'un pré
gourmand.
Je me suis arrêté, tout à ma contemplation. Cristina
est un peu plus avant. Elle s'est aussi arrêtée. Puis, lentement,
elle se tourne. Un moment, je crois qu'elle me regarde, puis m'aperçois
que son regard se porte derrière moi. Je me retourne. D'ici, au
dessus du parapet, on n'aperçoit que le toit des voitures qui filent
sur la route. Et puis l'une d'entre elles qui s'est arrêtée.
.../...
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