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L'admirateur

Quelle ville ! Johann Strauss Père mène
le bal à la baguette tandis que le fils attend patiemment son
tour, que le bon Sigmund expérimente le divan comme thérapie
pour les belles dames, que Mozart et van Beethoven font, contre amours
tristes, bonnes musiques, que Schubert, Haydn et Gluck aiment boivent
et chantent sous l'oeil bienveillant de Brahms attablé dans une
Weinstub derrière la Stephansplatz avec ses vieux complices Bruckner
et Mahler. Schönberg, Berg et von Webern sont attablés un
peu plus loin dans une Keller à fomenter quelques coups fumeux
dont Metternich n’a cure, tout occupé à entendre
Stefan Zweig lui raconter la trame de son dernier roman dont il a piqué
l’idée à Robert Musil : « un homme sans qualités
» assénera-t-il d’un ton sans réplique. Dans
son coin, Marie-Thérèse, hautaine, hausse les épaules
devant les assauts galants de François-Joseph.
Pendant ce temps, je me ballade sur le Ring en savourant
une Zwetschkentrudel, m’arrêtant parfois pour lorgner une
toile par dessus l’épaule d’un quelconque barbouilleur
des rues, Klimt, Schiele Moser ou Kokoschka, bien sereins depuis que
l’heure des peintres en bâtiment est révolue.
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| Le
pianiste (fiction - extrait)

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Vienne. Arrivée. Rien de bien extraordinaire.
Une banlieue typiquement germanique, propre, nette, où il n'est
pas si facile de distinguer les bâtiments industriels des habitations.
Seule la densité croissante des câbles et enseignes de toutes
sortes, transpercées tout à coup par la flèche effilée
et dentelée d'une quelconque église, peut-être même
la cathédrale, me laisse supposer que l'on s'approche du centre.
Je débouche sur le Ring, immense boulevard qui me laisse la même
impression que si l'on avait construit notre périphérique
parisien autour d'une ville comme Vierzon. Ici, de l'espace, il y en a.
Je m'offre un tour de Ring qui confirme mon premier sentiment. La ville
s'est offert ce luxe : les monuments ont de quoi respirer. Je repère
enfin l'immeuble de mon rendez-vous et trouve à me garer non loin
de là . Difficile de le distinguer parmi ceux qui l'entourent.
Bâtiments de pierre, à colonnades prêtes à s'ouvrir
aux géants. Une chatière y est cependant ménagée
pour les humaines tailles. J'y retrouve tout ce que je n'aime pas dans
l'architecture monumentale, que ce soit ici ou ailleurs : faut-il vraiment
avoir besoin de telles choses pour se sentir petit ? Je me dirige vers
la réception et présente à l'employé le papier
sur lequel j'ai reproduit le nom de l'association et celui de son président
qui m'attend : Monsieur Straubinden. L'employé esquisse à
peine un sourire et me dirige vers une double porte au bout d'un large
couloir. Elle s'ouvre sur une vaste salle sans grand intérêt.
Les murs nus cernent un plancher dont j'ai peine à distinguer s'il
est authentique ou bien d'imitation. Les grandes fenêtres donnent
sur d'autres murs, ne laissant passer qu'une lumière diffuse. Cette
salle a visiblement été louée pour la circonstance.
De nombreux meubles, tables et chaises surtout, sont regroupés
dans un coin. A l'opposé, une estrade. Dessus, le piano à
queue. A côté, en bas, une petite table que l'on dirait d'écolier.Un
petit monsieur bedonnant, au crâne déjà bien dégarni,
s'y affaire.
.../...
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