En vie, en liberté
Entends-tu crépiter le sang des flamboyants
quand un ciel de mousson s’effondre sur l’Afrique ?
Et la pluie, et la pluie ; cette cadence !
Elle frappe sans répit la tôle sur nos têtes
comme un tambour parlant possédé par l’orage
Écoutes-tu les fables des vieillards noueux ?
Palabres à l’ombre sèche du baobab
La chaleur, la chaleur ; cette liqueur !
Elle perle sous les seins, tendre gémellité
de désirs et de lait pour l’enfance avenir
Vois-tu les jeunes filles aux cheveux corbeaux
qui le long des rizières pépient à vélo ?
Et la brume, et la brume ; cette enjôleuse !
Elle camoufle en Asie la douleur des campagnes
corps vissés dans la boue, verrouillés en équerre
Sens-tu la gazoline empester les trottoirs ?
La saison des durians épouvanter la ville ?
Les odeurs, les odeurs ; cette mémoire !
Elle agace comme les fibres d’une mangue
tandis que fond la pulpe aqueuse sur la langue
Te souviens-tu des cris sur l’autel de l’histoire ?
Du serpent émeraude avalé par l’azur ?
La couleur, la couleur ; cette promesse !
Sur les murs mexicains le journal écarlate
de tant de rébellions réprimées aux racines
Peux-tu boire le mezcal sans t’écrouler d’ivresse ?
Penser comme un volcan sans brûler au magma ?
Et le feu, et le feu ; cette folie
qu’il faut entretenir pour couver sous nos cendres
une irruption de mots dévalant rouge vie !
Ce poème est lauréat du concours de poésie d’Annecy 2025
© Lisiere et l’auteur 2025