Bal(l)ades – Coupes claires

FT-coupes

la sciure file entre mes doigts. je caresse la plaie du tronc ras, colle mes genoux à la recherche de racines bombées. elles émergent de la mousse que frôlent mes orteils nus, terminaisons lovées dans l’accueil des thalles. quelques pas de plus à la recherche d’une souche plus vigoureuse, de cernes annuels plus nombreux. les coupes n’ont pas épargné les feuillus à la force pourtant tranquille. quelques mètres encore hors du sentier ; quelques jours avant que des champignons élisent domicile sur les restes de mastodontes vaincus. me viennent en tête des tables, des panneaux, des bûches, des sols parfaitement huilés où je m’étends dans l’attente goulue du plaisir. mais rien ne vaut la caresse franche des branches, le picotis des feuilles étalées autour de la catastrophe tronçonneuse. je frissonne d’aise. la sève monte en moi comme elle montait dans mes amants verts avant qu’ils soient terrassés. surviennent des promeneurs et leur chien. salutations polies. je laisse le temps s’écouler par leurs chaussures, puis reprends mon exploration suave. les cicatrices béent d’interruption précoce. mais des gouttelettes bercent désormais ma déambulation, le ciel condamne ma dendrophilie. qu’à cela ne tienne : ce soir, je m’étendrai sur un parquet de chêne, tout à l’écoute, tout au souvenir des sensations glanées ici malgré les coupes claires.

 

Florent Toniello

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